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Hugo Vincent – L’interview

Avec l’interview de Hugo, membre de MF Passion le forum dédié au moyen-format, j’inaugure une nouvelle rubrique pour partager  avec d’autres  nos passions, coups de cœurs et approches photographiques.

Denis: Bonjour Hugo,  parmi tes nombreuses activités photographiques, tu es membre du forum MF Passion, sur lequel tu as publié une série sur la transhumance. Une des photos de cette série a été choisie photo du mois, ce qui te vaut de passer sur le grill de mes questions. Peux tu te présenter aux lecteurs?

 Hugo: J’ai 22 ans, j’habite Toulouse pour quelques semaines encore puisque je m’apprête à déménager pour Berne en Suisse où je débuterai un doctorat en botanique. Ma principale passion, qui est pour moi un moyen de création nécessaire, un exutoire, est la photographie.

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Denis: Depuis quand photographies tu? comment es tu venu à la photographie? Comment est née ta passion? quelles sont les étapes essentielles de ta progression?

 Hugo:  J’ai commencé la photo à l’âge de 15 ans en empruntant le compact numérique de mon frère. C’était une époque difficile pour moi, et la photographie s’est imposée comme un moyen d’évacuer, d’exprimer mes sentiments. Par la suite j’ai pris beaucoup de plaisir à travailler des photos macro de végétaux principalement, retoucher les couleurs, les contrastes. Comme beaucoup de photographes débutant, j’étais fasciné par les flous d’arrière plan, ce qui m’a permis de me pencher sur les bases de la technique photo : ouverture, vitesse, sensibilité. J’ai toujours cherché à prendre peu de photos, mais que ces photos me plaisent : cette approche m’a permis de découvrir le monde autrement, d’apprendre à regarder vraiment ce qui m’entoure.

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Denis: Où peut on voir ton travail?

Hugo: Pour le moment, on peut voir une petite partie de mon travail sur des forums de photographie argentique et sur un blog (http://hugovincent.tumblr.com), en attendant un vrai site ! Je ne suis pas pressé, le blog me permet de partager certaines images, j’attends d’avoir plus de projets cohérents et satisfaisants pour créer un site .. J’ai encore beaucoup à apprendre !

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Denis: Quelle est ta culture photographique, les gens que tu aimes (célèbres ou pas)?

En fait je ne retiens pas vraiment les noms, dès qu’on me pose cette question tout s’envole ! Et ce sont souvent des photographes méconnus qui attirent mon regard, plus que des légendes de la photo. J’éprouve une fascination pour la photo de guerre, je pourrais donc citer Mc Cullin qui est une référence en la matière. Je suis particulièrement attiré par le portrait, la photo de rue, j’aime aussi les compositions épurées de la photographie moderne. Allez quelques noms : connu, David Burnett, j’adore ses photos à l’Aero Ektar et au Holga. Beaucoup moins connus, Ivan Constantin et ses superbes photos de rues ; Thomas Krauss, des portraits à couper le souffle ; Steven Monteau, des expérimentations photographiques déjantées ; et beaucoup d’autres ! Pour avoir un aperçu des photographes que j’apprécie, allez faire un tour sur le site http://www.clikclk.fr auquel je participe.

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Denis: Tu as eu une période numérique puis tu es passé progressivement à l’argentique au point de ne faire plus que cela. Pourquoi? quel est ton rapport au média (numérique, argentique) et aux appareils?

Hugo:  J’ai donc commencé à il y a 7 ans en numérique, pourtant j’ai l’impression d’avoir vraiment découvert la photographie il y 3 ou 4 ans quand j’ai mis les mains sur des boitiers argentiques. Cela a commencé avec un Holga, appareil sans réglages au rendu aléatoire, qui m’a permis de redécouvrir le plaisir de l’attente, de la réflexion dans la composition. Rapidement, j’ai voulu maîtriser mes photos d’un point de vue technique, et je me suis tourné vers des appareils manuels, ce qui a été une redécouverte totale de la photo. En plus du plaisir de l’attente, il y a le coût. Pour moi, l’argentique est devenu synonyme de photo unique, je ne double pas mes images, alors je prends tout mon temps et ça m’apporte beaucoup plus de plaisir comme ça. Le rendu des images est aussi beaucoup plus beau à mes yeux : je suis lassé des photos numériques lisses et parfaites, avec un rendu des détails époustouflant. J’aime le grain, le rendu argentique, qui sera présent même sur un film professionnel moyen ou grand format.

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Denis: Tu travailles beaucoup avec l’instantané (Polaroid 600SE): qu’apportes cette approche par rapport au négatif

Hugo:   Effectivement, je suis tombé dans la marmite de l’instantané et j’espère ne pouvoir jamais en sortir ! J’utilise presque exclusivement le format « pack 100″ qui offre une grande surface sensible, donc un rendu des détails et une profondeur de champ qui s’approchent du 4×5″. J’ai laissé le 600SE, un brin encombrant, pour un folding professionnel, le Polaroid 180. Je disais que j’aimais dans l’argentique l’attente entre le déclenchement et la vision de la photo, paradoxalement, ce que j’aime dans l’instantané c’est bien sûr le fait d’avoir le tirage dans les mains immédiatement .. C’est ce qui m’a fait réaliser que le tirage d’une photo est vraiment capital, c’est là qu’elle prend vie. J’utilise de nombreux films différents, du 669 au Chocolate, pour des rendus originaux ou aléatoires, en passant par les excellents films n&b et couleur produits par Fuji quand je veux une photo « propre ». Le coût est beaucoup plus important qu’avec du négatif, en ce qui me concerne il faut compter entre 1€ et 2,5€ la photo, donc je prends plus mon temps : la plupart du temps, je reviens plusieurs fois au même endroit avant de me décider à prendre la photo. Lorsque je fais des portraits, de la photo de rue, le Polaroid permet aussi de faciliter le contact avec les sujets, d’aborder la conversation. Avec le Polaroid, loin des dernières nouveautés technologiques, les gens retrouvent la magie de la photo, une photo qui est vraiment unique avec l’instantané.

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Denis: Qu’apprécies tu dans le moyen format et comment le situes tu par rapport au petit format?

 Hugo: J’aime avant tout la lenteur imposée par ce format, et la qualité des images produites. J’ai vendus tous mes boitiers 135 pour me consacrer au moyen format. Je trouve le ratio 24×36 trop allongé, et avec un scanner de milieu de gamme je n’arrivais pas à obtenir toute la beauté des négatifs. Le modelé et la profondeur de champs offerts par le moyen format ont été un vrai coup de cœur, et j’ai maintenant du mal à apprécier les photos que je fais en dessous du 6×4,5 ! J’aime beaucoup ce « petit format du moyen format » et je ne comprends pas ceux qui le critiquent tant. Pour moi, on y gagne en rapidité, le ratio est presque idéal (à mon goût bien sûr), à 1.9 ou même 2.8 le flou d’arrière plan très beau .. et que dire de la qualité des négatifs avec des optiques Mamiya ! Cela dit, je pense revenir bientôt au 135 avec un télémétrique Bessa R2a, plus efficace et discret en photo de rue et reportage.

Denis: Tu es visiblement, comme nombreux d’entre nous, un fan de vieux matériel. peux tu nous en dire plus sur ceux que tu as et ceux que tu aimes utiliser?

 Hugo: Je ne sais pas si je suis un fan de vieux matériel, disons que je suis un fan de photo argentique et instantanée, et que par conséquent je suis obligé d’utiliser du vieux matériel ! Mais après un grand nombre de mésaventures, je préfère acheter des appareils plus modernes (années 80/90), neufs ou presque neufs, plutôt que des beaux appareils plus anciens. Amoureux du « tout manuel », je n’aime pas trop les boitiers embarquant de l’électronique.
Pour le moment je possède en MF un Mamiya 645 Pro, avec un 80/1.9 et un 55/2.8 ; du côté de l’instantané, mon appareil principal est un folding Polaroid 180. J’utilise pour des occasion plus ludiques un Fuji Instax Wide 210. J’ai un SX70, qui attend sagement qu’ Imposible Project développe des films dignes de lui.
Mon budget étant assez serré, donc je ne me perds pas dans la collection d’appareils, mais la tentation est grande ! Le grand format m’attire, tout particulièrement les chambres de reportage comme les Crown Graphic ou autres Linhof Technika.

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Denis: Pour en revenir sur la série sur la transhumance. Depuis quand travailles tu en série? Qu’est ce qui a motivé cette série?

 Hugo: J’ai commencé à raisonner en terme de série lorsque lors de mes échanges sur les forums de photographie. J’ai l’impression que dans le monde de la photo, on a beaucoup moins de visibilité, et de crédibilité, quand on propose des photos indépendantes, qu’un série cohérente. Je ne comprends pas trop pourquoi, mais c’est ce que je constate. De la même manière, les photographes « à succès » sont ceux qui ont un style bien défini, au risque de se répéter .. mais ça marche, pourtant ! Pour ma part, je préfère expérimenter dans des directions très différentes ! Je me suis donc mis aux séries avec le sentiment que « c’est ce qu’il fallait faire », et puis j’y ai pris goût. Je continue à faire des photos sans lien avec le reste de mon travail, mais le raisonnement en série est assez motivant, il s’agit de donner une cohésion, tant au niveau technique que dans l’esprit des images.

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Denis: La gestion du récit photographique est particulièrement efficace sur cette série. Tant techniquement (lumières, cadrages, profondeur de champs, …) que dans la variation des situations et dans le récit. Comment en es tu venu à faire du photo reportage? Comment as tu pris contact pour cette série?

Hugo: Dans le cas des photos sur la transhumance en Ardèche, je souhaitais faire un reportage, donc la série s’impose.
Le reportage m’a toujours attiré, je suis un fan inconditionnel de la photographie de guerre et du photojournalisme en général .. mais n’ayant ni carte de presse, ni billet pour des zones de conflit, il faut bien commencer par quelque chose de plus accessible ! Ma participation à la transhumance était prévue avant que vienne l’idée du reportage, donc je n’ai pas eu à prendre un contact particulier, j’ai juste pris mon appareil photo avec moi.

Denis: As tu d’autres travaux de ce type en cours?

Hugo: Pour le moment, je suis en pause photographique, malheureusement, le temps de m’installer à Berne. Une fois là-bas, j’aimerais bien recommencer à travailler avec des gens issus du monde de la musique .. et d’autres idées germeront toutes seules.

Denis: Quels conseils peux tu donner à ceux qui aimeraient faire pareil?

Hugo: Je ne sais pas ce que mes conseils valent, puisque c’était une première pour moi, mais pour ceux qui veulent se lancer dans une série de ce type, je dirai qu’il faut avant tout respecter les sujets, ne pas s’imposer. Il vaut mieux bien connaître son matériel, car dans un travail comme celui là où tout va très vite, rien ne reste en place, il faut pouvoir donner le plus de temps possible à l’observation et la composition. Pour une photo, je voulais me positionner à la sortie d’un tunnel, j’ai du changer de film (ceux qui ont un Mamiya 645 Pro savent que ce n’est pas aussi facile que sur d’autres appareils) en courant, dans l’obscurité complète ! J’aurais pu m’y prendre à l’avance, ce qui aurait permis une meilleure photo. Sinon, pas de conseils particuliers .. rester aux aguets, laisser aller l’instinct : à mon avis un photographe sait capter le bon instant, la bonne lumière, il « suffit » d’être présent et prêt à déclenche à ce moment, c’est là le plus difficile !

Denis: Développes tu toi même tes photos? comment procèdes tu? quels produits utilises tu? Fais tu du post traitement numérique? du tirage? Quelle diffusion donnes tu à tes photos (forums/blog/emagazines/papiers/expos….)

Hugo:  A mon grand dam je ne me suis jamais mis au développement ni au tirage ! J’ai toujours trouvé des excuses pour retarder le moment, et aujourd’hui je dis encore une fois « dès que je suis installé, je m’y mets ! » Je confie mes films à un labo pro à Toulouse pour l’instant, par la suite je compte donc faire mon développement à la maison, n&b comme couleur. Je numérise mes négatifs avec un Epson 4490, qui me convient pour le moyen format mais n’est pas à la hauteur pour du petit format. Après scan, je travaille légèrement mes images sous Gimp, pour retrouver les couleurs « vraies » ou des contrastes qui me plaisent, mais ça reste limité.
En terme de diffusion, j’ai donc un blog, temporaire (http://hugovincent.tumblr.com), et un site à venir. Je partage sur quelques forums pour avoir des critiques sur mes images. Je n’ai jamais participé à des concours ou des expositions, j’attends d’être plus satisfait de mon travail pour ça !

Encore une fois merci pour cette sélection, bonne continuation & bonnes photos ;)

 

 

One Comment

  1. Très intéressante, cette interview !

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